Selon l’étude A 2013 Cone Communications-Echo study, seulement 20% des marques mondiales sont perçues comme influençant positivement et significativement la vie des gens. Par contre, 91% des consommateurs changeraient volontiers de marques considérant un prix et une qualité similaires, si celle-ci supportait une bonne cause.

Constat frappant, il existe un écart considérable entre les valeurs sociales et celles des entreprises. C’est donc sans grandes surprises que les organisations axées sur une mission forte axée sur la conscience se retrouvent en peloton de tête et surpassent le reste du groupe.

Qu’ont donc en commun alors les entreprises qui obtiennent de meilleurs résultats tout en investissant moins que la moyenne en marketing? Elles ont une vision partagée communiquée à tous,  mais surtout une approche humaine inclusive et un «leadership conscient»! Bref, elles parviennent à appliquer cette nouvelle approche de gestion, soit les 3C, basée sur la Confiance et la Conscience Collaborative.

Qu’entend-ton par leadership conscient?

En gros, ils s’agit de souscrire à l’idée qu’une entreprise peut générer bien plus qu’uniquement des avoirs et de l’argent.  Cependant, il n’est pas toujours évident de mettre en action pareilles paroles et de les concrétiser.

Ainsi, on entend par le terme « leadership conscient » le fait qu’une entreprise a une mission chargée de sens. Elle sait :

  • À quoi sert sont produit et/ou son service;
  • Comment cela peut changer la vie des gens.

Effectivement, il importe de reconnaître que les clients et consommateurs ont changé. Ils n’utilisent plus les produits et services pour les mêmes raisons qu’auparavant. Les entreprises n’ont pourtant pas suffisamment ajusté leur raison d’être originale. Elle ne correspond donc souvent plus aux besoins.

J’entrevois déjà certains gestionnaires prônant la rationalisation du travail et les nombreux points de contrôles accueillir ce billet comme une version très «ésotérique» de la gestion.  Il est vrai que d’entrée de jeu, en affaires, ce ne sont pas des termes utilisés fréquemment. Ils font peur, car ils sont très intangibles et très nébuleux.

La plupart des dirigeants aiment mieux parler en termes d’actions réelles, de chiffres, de rentabilité, de compétition et de parts de marché.  J’ai d’ailleurs moi-même été formée et ai travaillé longtemps en entreprise alors que cette approche plutôt militaire était reine et maitre. Force est de constater que les temps ont changé et qu’il faut inévitablement s’ouvrir à de nouvelles approches plus collectives et agiles.

La base de l’approche des 3C 
  • La personnalisation des relations,
  • La responsabilisation des personnes,
  • L’autonomisation des groupes en favorisant le développement du jugement, de la réflexion et le partage du savoir pour le bien commun.

Il faut diminuer cette sur-utilisation des outils de gestion qui créent un carcan rigide criblé de règles bureaucratiques. L’excès de formalisme dans le contrôle renforce la dimension verticale des prises de décisions en entreprise et fige la créativité et l’efficacité. Il faut revenir à un partage de connaissances et à une collaboration des intervenants pour obtenir des gains en productivité qui auront une dimension plus collective qu’individualiste. Il est souhaitable de tendre vers une gestion transversale/horizontale des prises de décision pour retrouver le goût du travail, la notion de plaisir plutôt que la nécessité. Le tout visant une approche plus humaine et plus motivante au final.

Considérant le temps passé au boulot à gagner notre vie, le fait que nous travaillerons très longtemps avant d’atteindre la retraite et la grande quantité de stress et de problèmes de santé vécus par les travailleurs (statistiques ci-dessous 1), il est devenu plus que nécessaire de tester de nouvelles approches.

Le professeur et co-auteur de l’ouvrage Conscious Leadership Field Guide, M. Raj Sisodia, nous propose diverses questions pour évaluer le sens de notre entreprise et ajuster notre façon de gérer en mettant de l’avant la confiance et la conscience de ses ressources. Voici quelques exemples mis de l’avant lors d’une entrevue avec la revue Les affaires que vous pourrez approfondir par la lecture de son livre. 2

Questions à se poser pour évoluer vers un leadership conscient 
  • MISSION : Que se passerait il si vous fermiez boutique demain matin? Quel impact cela aurait-il dans le vie de vos clients : réorganiseraient-ils rapidement leur quotidien sans trop de soucis, seraient-ils déçus ou embêtés?
  • CULTURE : Vos investissements en R&D ou dans la structure de l’entreprise servent-ils uniquement le profit ou contribuent-ils à remplir votre mission, à rendre la collaboration plus grande ou à améliorer l’environnement de travail? Vos choix de gestion interne sont-ils fait en fonction de vos valeurs quitte à vivre une période difficile d’adaptation afin de parvenir à être en accord?À ce titre, un exemple fort intéressant est l’entreprise Stone Brewing Co., une des principales micro-brasseries des États-Unis en expansion en Allemagne. Ils ont choisi de laisser vacant un poste clé dans l’entreprise plutôt que d’intégrer une personne ne correspondant pas entièrement à leurs valeurs et à la mission.
  • ACTEURS : Du point de vue de la relation avec vos parties prenantes (créancier, fournisseur, client, dirigeant, salarié, actionnaire…), quelle est la fréquence et la nature de vos échanges?  Avez-vous une approche basée sur la confiance, sur la bonne volonté ou la méfiance ou encore axée sur la compétitivité?
  • LEADERSHIP : En ce qui a trait aux leaders, sont-ils en mesure de situer l’entreprise et sa place dans la société? Sont-ils conscients de l’interdépendance entre leur organisation et les autres écosystèmes? Quels sont leur impact sur les membres de l’équipe et les partenaires externes?

Pourquoi se fait-il que ce mouvement, débuté il y a 5 ans grâce au livre Conscious Capitalism écrit par John Mackay CEO of Whole Foods et Rajendra Sisodia, prenne aussi difficilement sont envol? La gestion des entreprises est encore basée sur le principe militaire de contrôle et de pouvoir. Il importe que les entreprises prennent un virage où l’emphase ne sera pas l’appât du gain à court terme mais bien un juste équilibre. Il faut cibler des résultats à long terme durables et miser sur des actions à tous les niveaux de l’entreprise qui soient orientées vers le bien de l’écosystème dans lequel l’entreprise contribue. Elle se différenciera ainsi clairement.

Pour voir fleurir des entreprises conscientes ayant des missions et des raisons d’être fortes, il faut encourager des leaders qui ont cette attitude et croient en des aptitudes différentes de celles reconnues aujourd’hui.

En ce sens, que recherchons-nous comme qualités chez nos leaders de demain pour qu’ils puissent appliquer une approche de gestion ouverte, innovante et surtout motivante pour l’ensemble des parties prenantes?

5 qualités recherchées d’un leader conscient 
  • Du cœur. Les décisions doivent toujours être connectées au plaisir, prises avec clarté et courage afin de faire ce qui est bien. Les actions doivent être empreintes de respect et de bienveillance pour les collègues.
  • Connexion humaine. Connecter avec confiance et une profonde sagesse pour permettre de voir au-delà des expériences et de la réalité quotidienne. Créer une expérience positive et personnelle.
  • Prendre action intentionnellement pour le bien de tous, être conscient de l’impact positif qu’on peut apporter à divers niveaux.
  • Présence. Une personne à l’esprit ouvert, disponible de tout son être à ce qui l’entoure, capable de concentrer son énergie dans le moment présent pour être guidée vers des actions significatives.
  • Raison d’être. Capacité d’agir avec en tête une vue à long terme justifiant la raison d’exister de l’entreprise, l’impact, la différence positive qu’elle aura dans le temps et son apport pour le bien supérieur de tous.

Si on vous donnait la chance d’intégrer un nouveau système qui permettrait à votre entreprise d’obtenir 10 fois plus de profit que vos plus proches compétiteurs dans votre marché, quelle serait votre première pensée?

  • À quoi devrai-je renoncer?
  • Quelle partie de mon ADN, de ce qui me définit devrai-je compromettre?
  • Est-ce éthique ou légal?

Cela fait réfléchir sur ce qui vaut réellement la peine d’être pris en considération ou encore omis pour être plus riche ou plus performant non?

En toute honnêteté, les entreprises et leaders qui ont mis cette approche de l’avant semblent toutes conclure ceci : en étant authentique, en gardant le point focal sur ce qui vous tient à cœur, en étant aligné à votre sens éthique et moral et en conservant le client, les employés et vos parties prenantes au centre de votre attention, vous pouvez atteindrez ce gain sans compromettre votre âme 🙂 .

Découvrez dans notre prochain blogue des entreprises qui ont emboité le pas vers ce changement. Nous tracerons ainsi la voie qu’empruntent trois entreprises inspirantes.

Et vous, où en êtes-vous dans votre révolution managériale? Serez-vous un contributeur actif dans ce changement inévitable? En tant que leader, avez-vous cette approche consciente et présentez-vous les qualités requises pour ce faire?  Ou encore devez-vous les développer? Si c’est le cas, il est temps de vous y mettre. Un pas à la fois.

Sources :

1- Revue Gestion, Automne 2017Méthodes de gestion des ressources humaines, on a tout essayé sauf la confiance, Christophe Assens et jean-Pierre Bouchez. P100-103

2- Entrevue avec Raj Sisodia, auteur de l’ouvrage Conscious Leadership Field guide, Diane Bédard, Les affaires 10 mars 2018, P.17.

3- Les affaires, 10 mars 2018, dossier gestion P12.

Références :

https://conscious.is/

https://www.forbes.com/sites/forbescoachescouncil/2016/11/10/four-steps-to-developing-conscious-leadership-skills/#43295b492ac9

www.consciouscapitalism.org

http://www.executivestyle.com.au/firms-of-endearment-2pfzs

https://www.entrepreneur.com/article/246478

Magali Pelletier est entrepreneur, stratège et formatrice. Elle cumule plus de 15 ans d’expérience professionnelle en entreprises manufacturières et de services comme spécialiste en gestion marketing et stratégie de développement de produits. Fondatrice de la firme Stratégie MP depuis 2013, elle offre des services d’accompagnement stratégique en processus d’innovation, des formations sur les grands thèmes actuels en gestion et développement de produits et effectue des études d’opportunités pour explorer de nouvelles idées ou marchés. www.strategiemp.com